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08 mars : sous les pagnes, des luttes toujours invisibles



Clara zetkin

La commémoration des droits de la femme est désormais une institution dans le programme de tout ivoirien. Cette journée trouve ses origines dans les luttes féministes du début du XXe siècle, notamment grâce à Clara Zetkin, militante socialiste allemande. Son objectif ? Mettre en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment pour la fin des inégalités femmes-hommes. Cette date est le fruit d'années de bataille de femmes pour l’amélioration de leur vie sur le plan de la profession et de l’éducation entres autres.


En Côte d’Ivoire cette journée est symbolisée par le port d'un pagne, mise à jour chaque année par le Ministère de la femme, de la famille et de l'enfant. Ce pagne a très souvent le "vent en poupe", résultat, le 8 mars en Côte d'Ivoire a des allures de MET GALA, toutes magnifiquement habillées. Le pagne est donc devenu avec le temps, un "couvre-problème". Que faisons-nous de l'exécution des droits des femmes?


Comment le 8 mars s’est transformé en une fête alors qu’il a une autre vocation?


Cet article a pour objectif d'éclairer l'opinion en montrant d’une part la nouvelle "vocation festive" du 8 mars, faisant passer les batailles primordiales en arrière plan et d’autre part, les leviers dont nous disposons afin de redonner au 8 mars, sa véritable nature.



pagne femme 8 mars

En Côte d'Ivoire, le 8 mars est associé à la fête des femmes, ensemble pagnes correctement soignés, participation à des cérémonies officielles pompeuses et repas festifs en entreprises ou associations. Ce positionnement festif occupe une grande place, au point où les véritables sujets sont remis au second plan :

  • Une grande partie des femmes, en particulier en zones rurales, reste très pauvre et exclue des opportunités économiques (environ 75 % des femmes rurales vivent en dessous du seuil de pauvreté)

  • Malgré leur rôle clé dans l’agriculture, les femmes ont des difficultés à accéder à la terre et à utiliser ces ressources comme levier économique;

  • Les femmes sont souvent marginalisées dans les sphères de décision, que ce soit au niveau communautaire, professionnel ou politique, limitant leur influence sur les choix qui affectent leur vie;

  • Enfin, les violences basées sur le genre, en 2024, près de 9 600 cas de violences basées sur le genre (incluant agressions physiques, viols, etc.) ont été signalés et traités par les structures étatiques et associatives.


Comme l’a souligné l’autrice nigériane, Chimamanda Ngozi Adichie :

"Le féminisme fait partie intégrante des droits de l’Homme mais se limiter à cette vague expression serait de nier le problème particulier du genre"

Dans cette citation, l’autrice souligne que dire simplement « droits de l’homme » et ne pas nommer « féminisme » revient à minimiser ou ignorer les injustices subies par les femmes en raison de leur genre. Elle met en lumière l’importance de nommer et de reconnaître explicitement ces injustices plutôt que de les englober de façon vague, afin de ne pas invisibiliser les luttes particulières des femmes


Le 8 mars idéal en Côte d'Ivoire

Au-delà des actions festives du 8 mars, cette date devrait être un levier d'actions pour les femmes. Nous avons pensé le 8 mars idéal pour les femmes en Côte d'Ivoire :


  • Mise en place d'une cellule d'écoute et d'une clinique de justice : Pour écouter les femmes dans les quartiers et communes (pas seulement en centre-ville). Ensuite, la création de cliniques juridiques gratuites (sur toute la semaine du 8 mars) : violences basées sur le genre, droits fonciers, successions, licenciements abusifs, harcèlement. Ensuite la mise en place. Le ministère en charge en partenariat avec des associations et ONG pourraient réussir ce maillage.


  • Publication officielle de chiffres : plaintes traitées, dossiers en attente, condamnations effectives. Ceci afin de dresser le tableau de la lutte constante en cours et entrevoir les perspectives d'actions à mener.


  • Guichets uniques 8 mars : Pour les besoins d'impartialité, nous ne citerons pas les organismes de micro finances, proposant déjà des offres à ce titre. Toutefois, sur la base d'une étude menée par le ministère de la femme, de la famille et de l'enfant en partenariat avec le ministre de l'économie et des finances, un plan d'action pourrait être mis en place afin de procéder à : l'ouverture de comptes simplifiés, facilitation de l'accès au microcrédit, à la formalisation d’activités (RC, CNPS, impôts simplifiés).


  • Érection d'un marché et de foires 100 % business : Une journée sans fioritures, juste donner la parole aux femmes dans nos régions, seront concernées les femmes agricultrices, les transformatrices, les artisanes, les start-up féminines avec un livre blanc permettant de centraliser leur problématique et schématiser un plan d'action concret.


  • Investir dans les jeunes filles par l'octroie de bourse (au mérite) ciblées pour les filles issues de zones rurales et défavorisées. La mise en place de programmes de mentorats obligatoires dans lesquels chaque femme leader soutenue par une institution accompagne au moins 2 jeunes filles sur l’année. Enfin, la distribution de kits scolaires et sanitaires, pas symboliques mais suffisants pour l’année.



Redéfinir la communication autour du 8 mars

Le changement de la perception du 8 mars passe par des actions des acteurs institutionnels, notamment les gouvernants. Il faudrait que le 8 mars ne soit plus lié à un pagne, à des célébrations ou encore aux discours généraux sans suite.


Le 8 mars devrait être le lieu d'une annonce concrète par institution (budget, réforme, dispositif). Un engagement mesurable, avec échéance et plan d'action perceptible et réaliste et enfin la lucarne d'un bilan public au 8 mars suivant.


Article original de Manuella Kra

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