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Côte d'Ivoire : de l'ère des délestages à l'autosuffisance électrique

Février 2010, Abengourou plonge dans le noir. Les habitants, exaspérés, descendent dans les rues. Le siège de la CIE est saccagé. La police gaze les manifestants. Bilan : plusieurs blessés. La scène se répète dans tout le pays. Des morts sont même enregistrées suite aux coupures. C'est la crise du délestage.

Mars 2026, La Côte d'Ivoire produit 3 119 MW d'électricité, exporte dans toute la sous-région et affiche un taux d'accès national de 97%. L'histoire d'un retournement spectaculaire.


2000-2010 : LA DÉCENNIE NOIRE DU DÉLESTAGE

Les chiffres de la dégradation

En l'an 2000, la Côte d'Ivoire disposait de [CI-ENERGIES] : 1 210 MW de capacité installée (50% hydraulique, 50% thermique). La pointe de consommation atteignait 594 MW. Le Temps Moyen de Coupure était de 13 heures par an. Dix ans plus tard, en 2010, la situation s'était dramatiquement dégradée. La capacité installée n'avait progressé que de 15% pour atteindre [CI-ENERGIES] : 1 391 MW. Mais la pointe de consommation avait explosé de 53% pour grimper à 912 MW.

Le verdict tombe : [SEFORALL] : en 2009, la puissance de pointe (856 MW) a surplombé la puissance disponible (847 MW). Résultat ? Zéro marge de réserve. Le moindre incident technique provoque le délestage. La qualité de l'électricité s'effondre. Le Temps Moyen de Coupure atteint [CI-ENERGIES] : 50 heures par an en 1990, contre 13 heures en 2000.


Février 2010 : l'explosion sociale

En février 2010, le délestage devient systématique. Le déficit est chiffré entre [SEFORALL] : 160 et 200 MW sur la période février-mars 2010. 145 entreprises industrielles sont soumises à un plan drastique : 12 heures d'électricité sur 48 heures.

Les populations parlent de "délestage déguisé". La CIE refuse le terme. Mais les faits sont là : chaque jour, une partie du district d'Abidjan n'est pas fournie en électricité.

La crise politico-militaire 2002-2011 explique ce marasme. [CI-ENERGIES] : "Cette période s'était caractérisée par la crise politico-militaire qu'avait connue le pays. Ce qui avait eu pour conséquence une absence d'investissements structurants." Le taux d'accès à l'électricité s'établit à [Banque mondiale] : 34% en 2011 après la crise post-électorale, contre 40% avant.


2011-2020 : LA RELANCE ÉNERGÉTIQUE

L'option du secteur privé

Dès 2011, le gouvernement fait le choix radical : ouvrir massivement le secteur au privé. La privatisation avait commencé en 1995 avec Ciprel, puis Azito en 1999. Mais 2011 marque l'accélération. Il ressort qu'aujourd'hui l'énergie électrique est produite à 70% et distribuée à 100% en Côte d'ivoire par les opérateurs privés.


Les investissements massifs

La période 2011-2020 voit [CI-ENERGIES] : 1 000 milliards FCFA investis dans le réseau électrique : 20 postes HTB et 2 419 km de lignes haute tension. Les grands projets structurants :

LE BARRAGE DE SOUBRÉ (le géant)

  • [CI-ENERGIES] : Coût : 331 milliards FCFA

  • Puissance : 275 MW (4 turbines de 90 MW, 65 MW, 60 MW, 60 MW)

  • Production annuelle : 1 200 GWh

  • Mise en service : 2 novembre 2017 (1er groupe en juin 2017)

  • Impact : +10% production nationale

CENTRALES THERMIQUES

  • [Banque mondiale] : Azito passe de 140 MW (1999) à 480 MW (2019) grâce à 3 extensions

  • [CI-ENERGIES] : Mars 2019 : mise à niveau de 2 turbines Azito (+30 MW)

LE BARRAGE DE SINGROBO-AHOUATY (le pionnier du PPP)

  • [AIP 2016] : Coût : 77 milliards FCFA (174,3 millions €)

  • Puissance : 44 MW

  • Production annuelle : 212 GWh (équivalent Ayamé 1+2)

  • Longueur : 1 400 mètres

  • Mise en service : 1er trimestre 2024


En 2017, la capacité installée atteint [CI-ENERGIES] : 2 199 MW (40% hydraulique, 60% thermique).


2020-2024 : VERS L'AUTOSUFFISANCE

Les chiffres de la renaissance

[Gouvernement CI, juin 2024 - Ministre Sangafowa-Coulibaly] :

  • Capacité installée : 1 391 MW (2011) → 2 907 MW (2023) = +89,2%

  • Localités électrifiées : 2 851 (2011) → 7 508 (2023)

  • Taux de couverture : 33% (2011) → 88% (2023)

  • Taux d'accès : 74% (2011) → 97% (2023)

  • Nombre d'abonnés : 1,1 million (2011) → 4 millions (2023)

  • Temps Moyen de Coupure : 47h/an (2011) → 29h/an (2023)

[Ministère Énergie, mars 2025] : Capacité installée fin 2024 : 3 119 MW

  • 66% centrales thermiques (2 058 MW)

  • 33% centrales hydroélectriques (1 029 MW)

  • 1% centrales solaires (32 MW)


2021 ET 2024 : LES CRISES RÉSIDUELLES

Malgré la renaissance, le système reste fragile.

Mai 2021 : retour du délestage

[Jeune Afrique, 8 mai 2021] : "Des coupures de plus en plus longues, de plus en plus fréquentes" depuis 15 jours.

Causes :

  • Saison sèche "rude" : baisse niveau barrages (25% production)

  • Panne "grosse machine" Azito (480 MW) mi-avril

  • Retard investissements Ciprel et Azito (COVID-19)

  • Consommation accrue (fortes chaleurs)

Plan délestage :

  • [Jeune Afrique] : Déficit estimé : 100 à 200 MW

  • 145 structures puis 180 entreprises concernées

  • 48h électricité/semaine pour gros industriels

  • 16h/48h pour petites entreprises

[CGECI] : "Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur."

Mars 2026 : coupures récurrentes

[7info, 5 mars 2026] : Le ministre porte-parole Amadou Coulibaly :

"La Côte d'Ivoire produit aujourd'hui suffisamment d'énergie pour sa consommation. Nos équipements doivent être renouvelés."

[Afrik Soir, mars 2026] : Capacité de production : environ 4 000 MW. Le problème n'est pas la production, mais la distribution.

Cause : vétusté équipements, pression démographique, contraintes climatiques.


L'HORIZON 2030 : LES AMBITIONS

Le Pacte National de l'Énergie (janvier 2025)

[Banque mondiale, juin 2025] :

  • Objectif capacité : 5 128 MW (2030), 8 600 MW (2040)

  • 45% énergies renouvelables dans le mix électrique

  • Accès universel : 100% de la population

  • Cuisson propre : 50% des ménages

  • Mobilisation : 2 milliards USD investissements privés


Les projets en cours

Projets 2027 :

  • Centrale solaire Boundiali phase 2 (extension KfW)

  • Centrale solaire Sokhoro : 52 MW

  • Centrale solaire Bondoukou : 50 MW (AMEA, Émirats)

  • Barrage Gripo-Popoli : 112 MW

  • Barrage Singrobo : 44 MW (opérationnel 2024)

  • Puissance totale projetée 2027 : 3 127 MW

Objectif 2030 : 3 358 MW grâce à convention Starenergie (+372 MW)

[Le Patriote, nov. 2025] : Projets avant 2030 :

  • Centrales solaires : Boundiali 2, Bondoukou, Ferké, Katiola, Kong, Tongon, Touba-Laboa, Odienné, Korhogo, Tengréla = +537,5 MW

  • Biomasse Aboisso : 46 MW

  • Thermiques : Songon (358 MW), Jacqueville (774 MW)

  • Hydrauliques : Singrobo-Ahouaty (44 MW, déjà fait), Boutoubré (140 MW)

[CI-ENERGIES] : Objectif 2030 : 4 663 MW avec 42% d'énergie renouvelable.



LA COMPARAISON RÉGIONALE

[Banque mondiale 2024] : Côte d'Ivoire : 3 019 MW — 3ème d'Afrique de l'Ouest.

[Wikipedia] : Maroc : 14 000 MW (32 650 GWh/an en 2023) pour population équivalente.

Nigeria : 1er système mais production/habitant très faible.

Ghana : 2ème système régional :

  • 2000-2010 : +15% (stagnation, crise)

  • 2010-2020 : +60% (relance)

  • 2020-2024 : +40% (consolidation)

  • BILAN 2000-2024 : +158% (1 210 → 3 119 MW)


De 34% d'accès en 2011 à 97% en 2024. De 13 heures de coupures en 2000 à 50 heures en 2010, puis 29 heures en 2023. De 1 210 MW en 2000 à 3 119 MW en 2024. La Côte d'Ivoire a réussi un retournement spectaculaire. Mais les coupures de mars 2026 rappellent la fragilité du système. Les investissements de 1 000 milliards (2011-2020) ont porté leurs fruits. Mais l'objectif 5 128 MW en 2030 nécessite 2 milliards USD supplémentaires.

Le pays qui affiche le kWh le moins cher de l'UEMOA (87 FCFA) n'a-t-il pas aussi accumulé 200 milliards de déficit financier ?

La centrale qui produit 3 119 MW et exporte 10% dans la sous-région ne souffre-t-elle pas d'un réseau de distribution vétuste incapable d'acheminer l'électricité jusqu'aux abonnés ?

En 2030, la Côte d'Ivoire sera-t-elle devenue le hub énergétique régional rêvé, alimentant toute l'Afrique de l'Ouest en électricité propre et bon marché ?

Ou continuera-t-elle à jongler entre délestages récurrents et promesses d'investissements jamais totalement tenus ?

Le compte à rebours a commencé. Rendez-vous en 2030.

LES 15 SOURCES MAJEURES

  1. CI-ENERGIES : Performances secteur électricité 1960-2020, capacités installées, mix énergétique

  2. Ministère Mines, Pétrole, Énergie CI : Capacité 3 119 MW fin 2024, mix 66% thermique

  3. Gouvernement CI (juin 2024) : Ministre Sangafowa-Coulibaly, évolution 2011-2023

  4. Banque mondiale (juin 2025) : Pacte National Énergie, objectifs 2030, PPP

  5. Banque mondiale (déc. 2020) : "Secret succès électrique CI", privatisation, Azito

  6. Jeune Afrique (8 mai 2021) : Crise délestage mai 2021, déficit 100-200 MW

  7. SEFORALL (2015) : Rapid Assessment, déficit 2010, 160-200 MW

  8. 7info (5 mars 2026) : Ministre Amadou Coulibaly, coupures récurrentes 2026

  9. Afrik Soir (mars 2026) : Capacité 4 000 MW, problème distribution

  10. Agence Ecofin : Plan énergétique 2030, croissance 8%/an, Mali

  11. BAD (avril 2023) : Singrobo-Ahouaty, 174,3M€, premier PPP hydroélectrique

  12. CCI France CI (avril 2022) : Barrage Soubré, 331 milliards FCFA, 275 MW

  13. Le Patriote (nov. 2025) : Projets 2030, +537,5 MW solaire

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