Le Silence qui Tue
- acharleselioth
- il y a 5 jours
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10 547 cas en 2025. 9 607 cas en 2024. 6 040 cas en 2021. 920 viols. 2 030 agressions physiques. 153 mariages forcés. Derrière ces chiffres officiels : des milliers de cas non déclarés. 70% de femmes victimes de violences conjugales à Abidjan. Une femme sur trois dans le monde. Une "pandémie de l'ombre", selon l'ONU.
En Côte d'Ivoire, chaque jour, au moins un enfant de moins de 15 ans est victime de viol. 44% des viols commis par des proches. Seulement 19% des victimes portent plainte. Bienvenue dans un pays où le silence est une arme, où la violence est banalisée, où "la femme battue doit se maintenir dans le foyer et résoudre le problème à l'amiable".
LES CHIFFRES QUI GLACENT
Violences basées sur le genre (VBG) : explosion
[Nasuba Infos, mars 2026] : 10 547 cas de VBG en 2025 (Namizata Fofana Binaté, conseillère technique Ministère Femme).
[AIP, juin 2025] : 9 607 cas en 2024, dont 7 950 femmes et 3 290 enfants pris en charge.
[7info, novembre 2025] : Détail 2024 :
920 viols
2 030 agressions physiques
153 mariages forcés
[Protection pour Tous, nov. 2022] : 5 000+ cas pour les 3 premiers trimestres 2022.
[Ministère Fonction Publique, 2022] : 5 405 cas en 2020, dont 822 viols rapportés.
[AIP, mars 2026] : 6 040 cas en 2021, dont seulement 1 152 ont fait l'objet de plaintes = 19,07%.
Violences conjugales : 70% à Abidjan
[CPDEFM / CODAP, 2017-2018] : Enquête Yopougon et Cocody : Sur 3 000 femmes interrogées : 70% victimes de violences conjugales.
[CPDEFM] : Féminicides Abidjan :
25 cas de femmes tuées par leur conjoint
Yopougon : 12 cas (48%)
Cocody Deux-Plateaux : 6 cas (24%)
[CODAP] : "Il y a un silence total autour de cette violence, que ce soit les femmes qui sont battues par leur mari, qui sont menacées au sein de leur famille par les beaux-parents, il y a un silence total."
Viols : les enfants en première ligne
[Ministère Fonction Publique, 2022] : "Chaque jour, au moins un enfant de moins de 15 ans est victime de viol."
[Ministère Fonction Publique] : "44% de ces cas de viol sont commis par des personnes dans l'entourage des victimes."
[L'Infodrome, 2018] : Jeunes filles 15-19 ans : 4,7% ont subi des violences sexuelles
Mutilations génitales féminines : 38%
[L'Infodrome, 2018] : 38% des femmes entre 15 et 49 ans victimes d'excision.
[L'Infodrome] : Taux régionaux : Nord-Ouest : 87,9% | Nord : 87,7% | Ouest : 73,3%
La Côte d'Ivoire est parmi les taux les plus élevés d'Afrique de l'Ouest.
Mariages forcés : 36% avant 18 ans
[L'Infodrome, 2018] : 36% des jeunes filles prises contre leur gré pour des unions dont elles ne veulent pas.
[L'Infodrome] : "Deux femmes sur cinq soit 36% d'entre elles subissent des violences physiques depuis l'âge de 15 ans."
POURQUOI CE SILENCE ?
L'idée selon laquelle la femme battue doit se maintenir dans le foyer et résoudre le problème à l'amiable, en famille, bien ancrée dans les mentalités, a permis de démontrer le degré élevé de banalisation par les populations abidjanaises des violences domestiques que subissent les femmes.
Phumzile Mlambo-Ngcuka (Directrice exécutive ONU-Femmes) :
"L'ampleur réelle des violences envers les femmes, n'est pas réellement connue. À cause de la peur de représailles, l'incidence du fait de ne pas être crues et la stigmatisation des survivantes plutôt que la peur de leurs agresseurs, des millions de femmes qui ont survécu à des actes de violence gardent le silence et masquent l'ampleur réelle de l'horreur qu'elles vivent chaque jour."
LES EFFORTS : TROP PEU, TROP TARD
Dans le cadre du PND 2021-2025, au total 1 736 313 personnes ont été sensibilisées à la protection de l'enfant et à la lutte contre les VBG au cours des quatre dernières années." L'etat a mis en palce des strucutres :
Plates-formes Violences Basées sur le Genre (VBG) dans les régions
Bureaux d'accueil genre dans les commissariats
Nassénéba Touré (Ministre) :
"L'annuaire statistique est plus qu'un recueil de chiffres. Il reflète notre réalité nationale, éclaire nos choix, et renforce notre redevabilité envers les citoyens et nos partenaires."
Mais les chiffres augmentent. Le silence persiste. La banalisation continue. En 2035, combien de femmes auront brisé le silence ? Combien auront osé porter plainte ? Combien auront survécu ? Ou continuera-t-on à voir le mutisme culturel, les règlements à l'amiable, la complicité institutionnelle, la "pandémie de l'ombre" ? Il faut que l'État au-delà des plaintes s'autosaisisse des cas révélés publiquement afin de réduire la peur.
LES 10 SOURCES
AIP (mars 2026) : 6 040 cas 2021, 19% plaintes seulement
AIP (juin 2025) : 9 607 cas 2024 (7 950 femmes, 3 290 enfants)
Nasuba Infos (mars 2026) : 10 547 cas 2025
7info (nov. 2025) : 920 viols, 2 030 agressions, 153 mariages forcés, violences numériques
CPDEFM / CODAP (2017-2018) : 70% violences conjugales Abidjan, 25 féminicides (Yopougon 48%)
Ministère Fonction Publique (2022) : 5 405 cas 2020, 822 viols, 1 enfant/jour <15 ans violé, 44% proches
Protection pour Tous (2022) : 5 000+ cas 3 trimestres 2022, Daloa proportions inquiétantes
L'Infodrome (2018) : 36% mariages forcés, 38% excision, 87,9% Nord-Ouest, 4,7% jeunes filles 15-19 ans
CODAP (2018) : Silence total, peur représailles, complicité État, aucune statistique nationale complète
ONU-Femmes / 7info : 1 femme/3 monde, 736M femmes, "pandémie ombre", millions gardent silence



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