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PND 2026 - 2030 : Entre espoir et incohérences


Le PND, véritable note d'espoir pour les pays émergents

Le PND signifie Plan National de Développement, il est né d’un constat simple mais structurant : un pays ne peut pas se développer durablement sans une vision claire, coordonnée et partagée de son avenir. En Côte d’Ivoire, comme dans beaucoup de pays en développement, l’action publique était longtemps marquée par :

  • des politiques sectorielles dispersées,

  • des projets parfois non coordonnés entre ministères,

  • une forte dépendance à des programmes dictés par l’urgence ou par les bailleurs,

  • et une faible visibilité à moyen et long terme pour l’État comme pour le secteur privé.

Le PND a donc été conçu comme un cadre unique de référence pour organiser, planifier et prioriser le développement national.



PND gouvernement

L’expérience de Singapour illustre de manière éloquente l’impact structurant d’un plan national de développement bien conçu et rigoureusement exécuté. À son indépendance en 1965, ce pays ne disposait ni de ressources naturelles ni d’un vaste marché intérieur. Face à ces contraintes, l’État singapourien a mis en place une planification nationale de moyen et long terme, fondée sur des priorités claires : développement du capital humain, industrialisation ciblée, infrastructures performantes et gouvernance efficace.

Chaque politique publique et chaque investissement étaient alignés sur cette vision stratégique, avec une forte exigence de résultats. Cette cohérence entre planification, exécution et évaluation a permis à Singapour de transformer ses faiblesses initiales en avantages compétitifs, faisant du pays l’une des économies les plus dynamiques et les plus compétitives au monde.


En Côte d'Ivoire, L’application successive des PND depuis 2012 montre une trajectoire de croissance économique robuste, de transformation structurelle progressive et d’amélioration du bien-être des populations. La mise en œuvre du PND 2021-2025 s’appuie sur les acquis des plans antérieurs pour accélérer la diversification, attirer les investissements privés et réduire les inégalités socio-économiques, tout en visant une Côte d’Ivoire émergente à l’horizon 2030.

Dimension

PND 2012-2015

PND 2016-2020

PND 2021-2025

Croissance économique

Reprise et relance

Consolidation forte

Croissance accélérée

Investissements

Relance des fondamentaux

Structuration industrielle

Mobilisation massive (public & privé)

Transformation structurelle

Reprise de la croissance

Diversification des secteurs

Diversification avancée et inclusion

Réduction de pauvreté

Début d’impact social

Maintien de progrès

Poursuite des progrès sociaux

Sur la route des acquis de ces différents PND, se dressent de nombreux obstacles structurels :

Infrastructures insuffisantes et disparités territoriales

Même si des progrès ont été réalisés, les infrastructures (routes, énergie, connectivité rurale) restent inégales, ce qui limite l’accès aux marchés, aux services sociaux et aux opportunités économiques, surtout en zones rurales. Par exemple, jusqu’à la moitié de la population doit parcourir plus de 5 km pour accéder à une route praticable toute l’année, ce qui entrave le commerce, les soins et l’éducation.


Déficits de capital humain et productivité

Le développement du capital humain (compétences, éducation, santé) est identifié comme un défi majeur. Malgré les efforts, il reste un écart entre les besoins en main-d’œuvre qualifiée et la réalité du marché du travail, ce qui limite la productivité globale de l’économie et retarde l’industrialisation.

A ces deux obstacles majeurs, on pourrait ajouter

  • Le secteur informel encore trop important

  • La corruption, véritable faiblesse institutionnelle et répulsif de capitaux importants

  • Vulnérabilité aux chocs externes et dépendance sectorielle (café-cacao avec le vieillissement du verger).


PND 2026-2030, verre à moitié vide ou plein?

Le PND 2026-2030 est en cours de finalisation, comme à l'accoutumée, le gouvernement de Côte d'Ivoire prépare pour sa population, un programme riche et ambitieux à bien d'égard. Il s’inscrit dans la continuité des précédents PND (2012-2015, 2016-2020 et 2021-2025) et dans la vision à plus long terme du pays, notamment la « Côte d’Ivoire 2040 ».


Le plan vise à :

  • consolider les acquis économiques obtenus ces dernières années ;

  • stimuler une croissance forte et inclusive ;

  • réduire significativement la pauvreté ;

  • améliorer le bien-être des populations ;

  • et positionner la Côte d’Ivoire comme un pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.


Mais ce plan regorge de certaines incohérences que cet article voudrait mettre en avant.


  • Croissance vs pauvreté persistante

    Le plan prévoit une croissance annuelle de plus de 7 % et une réduction de la pauvreté à moins de 20 % en 2030. Pourtant, les données récentes montrent que la pauvreté a résisté malgré une croissance similaire sur la décennie précédente.

    La seule croissance économique peut-elle suffire à réduire la pauvreté? Sans réformes profondes de redistribution et d’accès équitable aux services?


  • Investissements colossaux vs capacité réelle

    Le PND annonce plus de 114 000 milliards FCFA d’investissements, dont 70 % attendus du secteur privé. Pourtant, le secteur privé ivoirien reste fragile et dépend largement des capitaux étrangers. La mobilisation d’un tel volume paraît optimiste, voire irréaliste, sans garanties institutionnelles solides.


  • Transition écologique vs exploitation intensive

    Le plan met en avant la durabilité et la transition verte, mais continue de miser sur l’agriculture de rente (cacao, café, hévéa), qui est l’une des principales causes de déforestation et de dégradation des sols.

    Comment promouvoir une économie « verte » tout en renforçant des filières extractives non durables?


  • Bonne gouvernance vs pratiques actuelles

    Le PND insiste sur la modernisation de l’État et la transparence. Pourtant, les rapports internationaux pointent régulièrement des faiblesses en matière de gouvernance, corruption et gestion des finances publiques.

    Cette ambition affichée est-elle suffisamment adaptée à la réalité institutionnelle?


  • Capital humain vs fuite des talents

    chiffre anstat demographie

    Le plan met l’accent sur l’éducation et la santé, mais la fuite des cerveaux et le chômage des jeunes diplômés restent des problèmes majeurs.

    Investir dans le capital humain sans créer un marché du travail inclusif et compétitif ne risque t-il pas de produire une génération formée mais marginalisée?



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Au demeurant l'Etat, à juste titre nourrit une ambition noble, celle du mieux-être des populations. Cependant, ce nouveau PND n'est-il pas trop optimiste? Ces chiffres sont en effet très séduisants mais peu crédibles face aux contraintes institutionnelles et sociales.

De plus, ce modèle de développement est peut-être, beaucoup trop contradictoire. La croissance économique et la durabilité écologique affichées, mais reposant sur des pratiques qui aggravent les inégalités et la dégradation environnementale sont à souligner.

En fin, si cela ne produit pas les effets escomptés, le risque de désillusion chez les ivoiriens sera encore plus importants et agrandir la fracture entre l'Etat et les citoyens. Si les incohérences ne sont pas corrigées, le PND pourrait devenir un catalogue de promesses non tenues, accentuant la fracture entre discours officiel et vécu des populations.


Sources :













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