Vers une Révision de la Circulation en Côte d’Ivoire (2/3) : Focus sur les Gbaka
- Jean-Luc Kouassi
- il y a 4 jours
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Une liste tragique
En Juin 2024, un grave accident sur l'autoroute Adjamé-Yopougon a vu un gbaka plonger dans un ravin sous la pluie, transportant plus de 35 personnes.
En Août 2024, Un gbaka a dévié de sa trajectoire près du carrefour CIE à Bingerville, faisant plusieurs blessés graves
En Août 2024, un accident meurtrier sur l'axe Adzopé-Abidjan a causé 13 morts et 12 blessés graves, suite à un court-circuit et une explosion d'un massa.
En Novembre 2024, Un gbaka a chuté dans un caniveau à Yopougon, près du pont Siporex, faisant 17 blessés dont 5 bébés. Le conducteur était en état d'ébriété, avec un taux d'alcoolémie de 1,18 g/l, bien au-dessus de la limite légale.
En Décembre 2024, Un accident entre un vario et un gbaka à 9 km d'Issia a fait 26 morts, dont 10 calcinés, et blessé 28 autres après l'éclatement d'un pneu du massa.
En Janvier 2025, un accident de massa à l'entrée de Botro le 15 janvier 2025, faisant 8 victimes.

Ces incidents ne sont qu’un aperçu des accidents signalés en 2024. Les gbaka sont impliqués dans 13 % des accidents en Côte d’Ivoire (source), souvent dus à l’incivisme et à l’irresponsabilité des conducteurs.
La dernière fois que j’ai pris un gbaka, j’ai remarqué que la porte arrière était fermée par un simple élastique. Après être tombés dans un trou, l’élastique a cédé, ouvrant brusquement la porte. À cet instant, une question m’a hanté : "Devrais-je mourir dans ces conditions ?" Mais combien d’entre nous ont réellement le choix ?
Un fléau routier qui persiste
Les gbaka, ces minibus de transport en commun omniprésents dans les rues d’Abidjan et des autres villes ivoiriennes, incarnent une double réalité : d’un côté, ils offrent une solution indispensable de mobilité pour des millions d’Ivoiriens, et de l’autre, ils posent un problème majeur de sécurité routière. Leur implication fréquente dans des accidents graves soulève des questions cruciales sur leur régulation et leur impact sur la société.
L’insuffisance des statistiques sur les accidents
Malgré la fréquence des accidents liés aux gbaka, les statistiques officielles restent limitées et difficilement accessibles. En 2021, les accidents de la route en Côte d’Ivoire ont causé 1 614 décès et 21 201 blessés. Pourtant, les données spécifiques aux gbaka ne sont pas systématiquement détaillées, empêchant une analyse approfondie et la mise en place de solutions adaptées.
En Côte d’Ivoire, il est rare de rencontrer une personne qui n’a pas été touchée, directement ou indirectement, par un accident de gbaka. Que ce soit un proche blessé, un ami décédé ou un voisin traumatisé, ces drames font partie du quotidien. Cette réalité souligne l’urgence d’agir pour protéger les usagers de la route.
L’insuffisance des lois et la régulation défaillante
Si causer la mort est un crime, pourquoi cette impunité ? Les gbaka envahissent toutes les routes, des grandes artères d’Abidjan aux ruelles des quartiers les plus reculés. Ils sont “partout partout”, comme le disent certains, circulant de Beverly Hills à Cocody ou dans les ruelles d’Anyama. Ils se faufilent à une vitesse inquiétante, parfois prêts à frôler les passants ou les enfants.
Dans les embouteillages, ils empruntent les trottoirs ou les ruelles à une vitesse effrayante, sans craindre d’être arrêtés. À des heures de pointe, il n’est pas rare de voir des gbaka faire des rodéos sur l’autoroute du Nord ou se faufiler dangereusement entre les voitures sur l’autoroute d’Abobo. Pendant ce temps, les passagers, tout comme les policiers, restent impuissants.
Malgré leur omniprésence, les gbaka échappent à une régulation stricte. Des mesures, comme l’interdiction des gbaka transformés à partir de fourgons de marchandises, ont été annoncées, mais leur application reste insuffisante. Les conducteurs circulent souvent en état d’ébriété, avec des véhicules en mauvais état et sans respecter les règles de sécurité.
Le manque de contrôles techniques, l’absence de formation obligatoire pour les conducteurs et la tolérance des autorités face aux infractions routières contribuent à cette impunité. Pourquoi les gbaka peuvent-ils circuler en toute liberté, même dans les quartiers les plus isolés ? Que faire pour réguler les gbaka et limiter leurs dégâts ? Faut-il une loi spécifique pour encadrer leur activité ?





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