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Vers une Révision de la Circulation en Côte d’Ivoire (1/3) : Focus sur les Motos



Une Décision Qui Fait Débat


À partir de 2025, motos et tricycles seront formellement interdits sur le boulevard Félix Houphouët-Boigny, autrefois appelé Valéry-Giscard-d’Estaing (VGE). Cette mesure, annoncée le 23 décembre 2024 par Oumar Sacko, Directeur général des transports terrestres et de la circulation, vise à réduire les accidents tragiques qui se multiplient sur cet axe stratégique d’Abidjan. Si certains accueillent cette décision avec soulagement, d’autres se demandent si elle sera réellement efficace, tant le problème des motos est profond et généralisé.



Des Souvenirs de Chaos


Je ne peux m’empêcher de repenser à cette journée de 2018, au grand carrefour de Marcory, où une moto a failli me heurter en pleine circulation. Quelques mois plus tard, une autre m’a percuté près d’Orca Déco, brisant mon rétroviseur. Ces incidents, aussi frustrants soient-ils, ne sont rien comparés à ce que des milliers d’autres vivent chaque jour : destructions de biens, vols éclairs, blessures graves, et pour certains, des pertes en vie humaines irréparables.


Le boulevard Félix Houphouët-Boigny, en particulier, est devenu un véritable champ de bataille, saturé par le bruit des moteurs, les klaxons et l’indiscipline généralisée. Traverser cet axe est une épreuve quotidienne où chaque usager se bat pour quelques mètres de sécurité.


Le Contexte d’une Crise Routière


Cette interdiction ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs années, les autorités tentent de réguler l’utilisation des motos en Côte d’Ivoire. Déjà, le 15 décembre 2021, un décret encadrait leur circulation sur certains axes. Lors d’un Conseil des ministres, Amadou Coulibaly, porte-parole du gouvernement, déclarait :

« Le Conseil a adopté un décret réglementant la circulation des motocyclettes, cycles, cyclomoteurs, tricycles, quadricycles et vélomoteurs à des fins de transport. L’utilisation de ces engins est exclue sur certains axes routiers, notamment les axes interurbains et intercommunaux. »


En août 2021, le ministre des Transports, Amadou Koné, avait présenté un plan visant à limiter leurs déplacements grâce à l’installation de 1 700 panneaux de signalisation dans le Grand Abidjan. Nous espérons encore et toujours…  le Décret n° 2021-861 devait apporter une réponse à ces défis. Cependant, la réalité montre que les motos continuent à dominer les routes, empiétant même sur les trottoirs, sans souvent respecter les règles de conduite.

Les efforts n’ont pas commencé là. Dès le 3 novembre 2016, le décret n°2016-864 introduisait des mesures pour réguler l’usage des voies routières ouvertes à la circulation publique, notamment l’instauration du permis à points. Ce décret a été renforcé en août 2022 avec le décret n°2022-631, qui prévoyait de nouvelles sanctions pour les infractions au code de la route.


En novembre 2018, une première phase de sensibilisation avait été lancée à Bouaké pour améliorer la cohabitation sur les routes. Par la suite, en juin 2021, la Police Spéciale de la Sécurité Routière (PSSR) a intensifié ses campagnes dans les communes d’Abobo et d’Attécoubé, rappelant l’interdiction d’utiliser les motos pour transporter des passagers sur les voies publiques.



Le Danger pour les Conducteurs de Motos


Il est important de souligner que les conducteurs de motos eux-mêmes sont les premières victimes. Trop souvent, ils roulent sans casque, sur des engins usés, prenant des risques insensés pour gagner leur vie ou livrer leurs passagers à temps. À la moindre collision, ces conducteurs sont gravement blessés, parfois mortellement. en 2022, Le Ministre des Transport avait partage que c’etait 700 décès de motocyclistes par an en Côte d’Ivoire.

Sur la route d’Abobo Anyama ou encore celle reliant le CHU d’Angré à la cité SIR, des rodéos de motos se déroulent sous les yeux des usagers et des policiers mettant en scène, des jeunes  sans casque, défiant à la fois la loi et leur propre sécurité. Ces scènes sont aussi tristes qu’inquiétantes, révélant une urgence : protéger les conducteurs de motos, contre eux-mêmes !


Une Décision Louable, mais Pas Suffisante


L’interdiction des motos sur le boulevard Félix Houphouët-Boigny est un pas dans la bonne direction, mais elle soulève des questions. Pourquoi ne pas étendre cette mesure à d’autres axes où les motos provoquent des accidents et entravent la circulation ? Et surtout, comment garantir que cette décision sera appliquée avec rigueur, là où tant d’autres lois sont restées lettre morte ?


Les motos ne sont pas seulement une nuisance pour les autres usagers de la route. Elles répondent à un besoin criant de mobilité dans des zones mal desservies par les transports publics. Interdire sans offrir d’alternatives risque de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.


Une Route Encore Longue


Pour que cette interdiction porte ses fruits, il faudra aller au-delà de simples annonces. Sensibiliser les conducteurs, renforcer les contrôles, améliorer les infrastructures et proposer des alternatives de transport sont des étapes indispensables. La sécurité routière est une responsabilité collective.


Un jour, peut-être, le boulevard Félix Houphouët-Boigny deviendra un symbole de sérénité retrouvée, un lieu où piétons et véhicules cohabiteront en paix. Mais pour l’instant, la route reste longue. Et pour chaque mesure prise, il faudra un engagement fort de tous : autorités, usagers, et même ces conducteurs de motos qui, malgré tout, méritent d’être protégés, parfois même contre eux-mêmes.


Pour une véritable amélioration de la sécurité routière, il est nécessaire d’adopter une approche globale qui prend en compte toutes les zones et qui responsabilise l’ensemble des usagers de la route. Dans une deuxième partie, nous parlerons des transports en commun à Abidjan, ces grands oubliés des politiques urbaines, qui peinent à répondre aux besoins d’une population en constante expansion. Nous analyserons leurs défis, leur accessibilité, leur gestion, et leur rôle dans la mobilité durable, tout en explorant les solutions possibles pour améliorer leur efficacité dans une ville en pleine mutation. Et vous? Que pensez-vous des motos ou comment pensez-vous qu'il faille solutionner le défi de la circulation des motocyclistes ?


 
 
 

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